Deux devis pour le même site peuvent afficher 900 € et 2 600 € sans que l'un soit une affaire et l'autre une arnaque : ils ne vendent simplement pas la même chose. Voici les treize lignes qui rendent deux devis comparables, et les trois absences qui doivent vous faire reposer le stylo.
Le problème des devis de site
Le mot « site » ne désigne pas une prestation. Il désigne un résultat, obtenu par des chemins très différents.
Un prestataire peut installer un modèle du commerce, y verser vos photos et livrer en trois jours. Un autre peut concevoir une structure adaptée à vos prestations, rédiger vos textes, configurer votre fiche Google et livrer en cinq semaines. Les deux vous vendent « un site vitrine ». L'écart de prix reflète l'écart de travail, et c'est illisible tant que le devis ne dit pas ce qu'il contient.
C'est ce qui rend le premier réflexe, comparer les totaux, à peu près inutile. Nous avons détaillé ailleurs ce qui fait varier le prix d'un site vitrine ; ici, il s'agit de rendre deux propositions comparables.
Les mentions administratives
Ce sont les plus faciles à vérifier, et leur absence est un signal fort. Pour un site internet, aucune liste n'est imposée comme pour le dépannage du bâtiment ou les services à la personne4 : celles-ci sont un minimum de bon sens.
- L'identité complète du prestataire : dénomination, forme juridique, adresse, numéro SIREN.
- Le régime de TVA. Un professionnel en franchise en base porte la mention « TVA non applicable, article 293 B du Code général des impôts », obligatoire sur ses factures3, et son prix est alors celui que vous payez. Un prestataire assujetti affiche un montant hors taxes auquel s'ajoutera la TVA. Comparer un net et un hors taxes fausse tout.
- La date d'émission et la durée de validité. Tant que cette durée court, le prestataire ne peut pas retirer son offre ; sans durée écrite, elle ne tient qu'un « délai raisonnable », notion floue en cas de désaccord2.
- L'assurance professionnelle du prestataire. La loi n'impose de la mentionner qu'à certaines activités, artisanales notamment5 : pour un site, c'est à vous de la demander.
Les lignes qui décrivent la prestation
Le périmètre chiffré. Le nombre de pages, nommées si possible. « Un site vitrine » ne veut rien dire ; « accueil, prestations, équipe, contact, une page par prestation » veut dire quelque chose.
Les textes. Qui les écrit. C'est le poste qui fait dérailler le plus de projets : le prestataire attend vos contenus, vous attendez d'avoir le temps, et le site reste en chantier six mois. Si les textes sont à votre charge, cela doit être écrit, avec un délai.
Les images. Photos fournies par vous, photos d'archive, visuels créés, séance photo. Un site de commerce sans images correctes ne convainc personne, et cette ligne se découvre souvent trop tard.
Le référencement. Le simple fait qu'un site existe ne le rend pas trouvable. Si le devis ne mentionne rien, considérez qu'il n'y a rien, et demandez ce qui est prévu.
Le responsive et la performance. Aujourd'hui, un site correct s'affiche bien sur mobile. Ce n'est pas une option à facturer, c'est un dû.
Les délais. Une date de livraison, et ce qui la suspend. Un délai qui dépend de vos retours doit le dire.
Les allers-retours inclus. Deux tours de correction, trois, illimités jusqu'à validation. Sans cette ligne, la discussion sur la quatrième modification sera désagréable.
La formation ou la prise en main. Saurez-vous changer un prix, un horaire, une photo, et si oui comment.
Les lignes que presque personne ne lit
La propriété. Qui possède le code, les textes, les visuels une fois le solde payé. Le fait de commander et de payer ne vous cède pas les droits d'auteur1 : une cession des droits explicite change tout le jour où vous voulez changer de prestataire.
Le nom de domaine. À quel nom est-il enregistré. Le vôtre, idéalement, et pas celui de l'agence. C'est le point qui rend les séparations difficiles.
L'hébergement. Chez qui, pour combien, et ce qui se passe si vous arrêtez de payer. Un site inaccessible parce qu'on a arrêté un abonnement est une situation banale et évitable.
Les sauvegardes. Leur fréquence, et surtout comment on restaure.
Les demandes hors forfait. Le prix d'une modification qui n'entre pas dans l'abonnement. S'il n'est pas écrit, il sera négocié au moment où vous serez pressé.
Les trois absences qui doivent vous arrêter
Aucun détail des postes. Un montant global sans décomposition vous interdit de comparer et de retirer ce dont vous n'avez pas besoin.
Rien sur la propriété ni sur le domaine. Vous risquez de payer un site que vous ne pourrez pas emporter.
Aucun coût récurrent mentionné. Un site a nécessairement un coût de fonctionnement. Un devis qui n'en parle pas soit l'a oublié, soit vous le présentera plus tard.
Si le document est long et que la lecture vous décourage, faites-le résumer avant de le lire : cela vous indique où regarder, à condition de vérifier ensuite chaque montant dans le texte d'origine.
Comment nous procédons
Notre grille est publique sur la page des offres : vous voyez le prix de départ de chaque prestation avant même de nous parler. Pour un site, les conditions de paiement sont fixes, 25 % à la commande et 75 % à la livraison ; nos devis sont détaillés et valables 15 jours, et les abonnements sont sans engagement.
Nous le faisons parce que la comparaison nous est favorable quand elle est possible. Un devis lisible ne protège pas seulement le client, il protège aussi celui qui l'écrit : on ne se dispute pas sur ce qui est écrit noir sur blanc.
Prenez le devis que vous avez sous les yeux, en face de cette liste. Ce qui manque n'est pas forcément un problème, mais c'est forcément une question à poser.
Sources
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Légifrance, Code de la propriété intellectuelle, article L111-1, version en vigueur depuis le 27 décembre 2020, alinéa 3 : un contrat de louage d'ouvrage ou de service ne prive pas l'auteur de ses droits. ↩ ↩2
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Légifrance, Code civil, article 1116, version en vigueur depuis le 1er octobre 2016. ↩ ↩2
-
Service Public Entreprendre, Franchise en base de TVA, vérifié le 1er janvier 2026. ↩ ↩2
-
DGCCRF, Devis, fiche pratique du 20 janvier 2023, liste des prestations soumises à un devis obligatoire et de ses mentions. ↩ ↩2
-
Service Public Entreprendre, Mentions obligatoires sur une facture, vérifié le 11 août 2026 : assurance professionnelle à indiquer en cas d'activité artisanale (Code de l'artisanat, article L132-1). ↩
FAQ
Un devis de site internet doit-il être détaillé poste par poste ?
Entre professionnels, rien n'oblige un prestataire de site à détailler, mais un devis qui affiche un montant global sans décomposition ne vous permet ni de comparer, ni de retirer une prestation dont vous n'avez pas besoin. Demandez le détail : un refus est en soi une information.
Qui est propriétaire du site une fois payé ?
Cela dépend entièrement de ce qui est écrit. Le code, les textes et les images relèvent du droit d'auteur, et la cession doit être explicite. En l'absence de clause, vous pouvez avoir payé un site que vous n'avez pas le droit d'emporter ailleurs.
Quel acompte est normal ?
Un acompte à la commande est la pratique courante, souvent entre 25 et 50 %. Ce qui compte davantage est de savoir ce qui déclenche le solde : la mise en ligne, la livraison, ou une validation de votre part.
Un devis engage-t-il le prestataire sur le prix ?
Oui. Un devis est une offre que le prestataire ne peut pas retirer avant la fin de la durée de validité qu'il a fixée (article 1116 du Code civil), et qui devient un contrat dès que vous l'acceptez dans ce délai. Sans durée écrite, l'offre ne tient qu'un délai raisonnable, que personne ne sait chiffrer : c'est pourquoi la date et la durée de validité doivent y figurer.